Standards Day 2026 : la Data Centricity redessine les fondations de l’industrie
Le 17 mars 2026, dans les locaux de l’AFNOR à Saint-Denis, le Standards Day a une nouvelle fois réuni la communauté des standards et de la transformation numérique industrielle. Organisé par l’AFNeT, l’événement a rassemblé 65 participants issus de 52 entreprises, confirmant l’importance croissante des enjeux liés à la donnée dans l’industrie.
Au-delà des chiffres, cette édition marque surtout un tournant dans le rapport de l’industrie à la data. La « Data Centricity » a été le pivot central des présentations et des discussions.
Une industrie confrontée à sa propre complexité
L’industrie est depuis quelques temps déjà dans une phase où la complexité est la norme. Les systèmes sont désormais interconnectés, évolutifs et distribués. Les produits embarquent du logiciel, les plateformes se multiplient et les chaînes de valeur s’étendent bien au-delà des frontières d’une seule organisation.
Dans ce contexte, la donnée n’est plus un simple support. Elle devient la condition même du fonctionnement des systèmes. Comme cela a été rappelé lors des interventions, disposer de la bonne donnée, au bon moment et au bon endroit est une exigence opérationnelle indiscutable, bien qu’assez peu appliquée.
Cette évolution change profondément la manière dont les industriels conçoivent leurs architectures. La transformation numérique ne peut plus être pensée uniquement à travers les outils. Elle repose désormais sur une véritable ingénierie de la donnée.
Comprendre la donnée : l’enjeu de l’interopérabilité sémantique
Un point souvent sous-estimé est la compréhension des données.
Pendant longtemps, les efforts se sont concentrés sur la capacité à faire circuler l’information entre systèmes. Mais dans un environnement où machines, logiciels et acteurs humains interagissent en permanence, cette approche montre ses limites. Une donnée échangée ne vaut que si elle est comprise de la même manière par tous.
C’est là qu’intervient l’interopérabilité sémantique. Elle vise à garantir une interprétation non ambiguë des informations échangées, condition indispensable à l’automatisation et à la fiabilité des processus industriels.
Cette évolution s’accompagne d’une transformation des standards eux-mêmes. Ils ne sont plus seulement des documents de référence, mais tendent à devenir des ressources structurées, directement exploitables par les systèmes numériques.
Le défi du temps long : maintenir la continuité numérique
Si la complexité est un premier défi, le temps en est un autre, tout aussi structurant.
Dans certains secteurs, comme le naval, les cycles industriels s’étendent sur plusieurs décennies. Les données produites aujourd’hui devront encore être exploitables dans 30 ou 40 ans .
Cette réalité impose de repenser en profondeur la gestion de l’information. Il ne s’agit plus seulement de produire des données, mais de garantir leur cohérence, leur traçabilité et leur lisibilité dans le temps.
La continuité numérique devient ainsi un enjeu central. Elle suppose l’existence de modèles de données partagés, capables de résister à l’évolution des outils, des technologies et des organisations.
Un paradoxe industriel : une donnée abondante mais sous-exploitée
Un chiffre a particulièrement retenu notre attention : jusqu’à 80 % des données industrielles ne sont aujourd’hui pas exploitées.
Ce constat révèle un paradoxe. Jamais l’industrie n’a produit autant de données. Pourtant, leur valorisation reste très limitée.
Les initiatives présentées lors du Standards Day montrent que la création de valeur ne dépend pas de la quantité de données disponibles, mais aussi et surtout de leur capacité à circuler. Tant qu’elles restent cloisonnées, leur potentiel reste inexploité. Tout comme une information n’a de la valeur que par la communication.
C’est dans cette perspective que les approches basées sur les data spaces prennent tout leur sens. Elles permettent d’organiser des écosystèmes de partage de données, tout en garantissant des règles de gouvernance et de confiance entre les acteurs.
De la traçabilité à l’infrastructure de données
Les cas d’usage présentés ont permis d’illustrer concrètement cette transformation.
Dans le ferroviaire, par exemple, la question de la traçabilité dépasse largement le cadre des outils. Suivre un composant sur plusieurs décennies implique de structurer l’ensemble des échanges autour d’un langage commun.
Sans cela, les pertes d’information sont inévitables. L’émergence du Digital Product Passport traduit le passage d’une logique de suivi à une logique d’infrastructure, où chaque produit porte ses propres données tout au long de son cycle de vie .
La donnée n’est plus seulement associée à un produit. Elle devient une composante intrinsèque de celui-ci.
Standards et innovation : une complémentarité stratégique
Autre idée forte de la journée a été que les standards ne s’opposent pas à l’innovation. Ils en constituent un levier.
Dans les activités de recherche et technologie, la structuration des données dès les premières phases permet de réduire les incertitudes et d’accélérer la prise de décision. Elle facilite également la capitalisation des connaissances et leur réutilisation.
C’est un changement de perspective important : Il ne s’agit plus de standardiser les idées, mais de standardiser la manière de les structurer et de les partager. Car c’est cela qui permet de transformer l’innovation en performance industrielle .
La donnée, au cœur des enjeux de souveraineté
La dernière séquence de la journée a apporté un éclairage stratégique sur un environnements critiques mais ô combien d’actualité : la défense.
Dans ces contextes, la donnée est un actif souverain. Sa maîtrise conditionne directement la capacité d’action, la résilience et la performance des organisations.
L’enjeu dépasse ici la technologie. Il s’agit de garantir un contrôle complet de la donnée sur l’ensemble de son cycle de vie, tout en assurant un haut niveau de sécurité et de traçabilité.
Dans cette perspective, l’interopérabilité devient un élément structurant de la souveraineté. Elle permet de connecter des systèmes tout en conservant la maîtrise des informations échangées .
Une transformation nécessairement collective
Au fil des interventions, une dynamique s’est créée, et elle représente parfaitement l’ADN de l’AFNeT : la transition vers une industrie data-centric ne peut être qu’une démarche collective.
Elle suppose un alignement des acteurs autour de référentiels communs, de standards partagés et de règles de gouvernance claires. Elle implique la mise en place d’infrastructures capables de faire circuler la donnée de manière sécurisée et maîtrisée.
Dans ce cadre, le rôle des standards évolue. Ils ne sont plus perçus comme des contraintes, mais comme des outils permettant de structurer les échanges et de créer de la confiance.
Conclusion : Une nouvelle grammaire industrielle autour de la donnée
Le Standards Day 2026 marque une étape à la fois dans la transformation de l’industrie et dans l’évolution de notre association. Il confirme le passage d’une approche centrée sur les systèmes à une approche centrée sur la donnée et par ce biais, il confirme aussi l’importance d’un terrain neutre comme l’AFNeT où l’industrie peu travailler collectivement.
Dans ce nouveau paradigme, la Data Centricity s’impose comme une condition de performance. Elle redéfinit les architectures, les modes de collaboration et les équilibres entre acteurs.
Dans ce contexte, les standards sont au premier plan. Ils sont le socle sur lequel peut se construire une industrie plus interopérable, plus collaborative et plus souveraine.
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Les supports présentés lors du Standards Day 2026 sont désormais accessibles aux adhérents. Ils permettent de prolonger les réflexions engagées lors de la journée et d’approfondir les différents cas d’usage présentés.
Nous remercions chaleureusement l’AFNOR pour son accueil toujours impeccable, nos orateurs pour la richesse de leur contenu et la confiance qu’ils nous ont accordé pour les communiquer, et tous les participants à cette journée. Nous vous espérons encore nombreux l’année prochaine !